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Récit avec photos miniatures

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Tirukalikundram

C'est comment qu'on repart ?

On a loué deux  mobs à Mamallapuram.

Direction un gros bourg agricole au nom imprononçable mais que tout le monde connaît sous le nom d'Eagle Place, à cause des aigles sacrés.

De Mamallapuram, prendre la route de Pondi. Après 4 kilomètres, bifurquer sur la droite et emprunter une petite route. 

Carrossable comme nous le prouve le schoolbus qui s'y engage sans hésitation

en nous gratifiant d'un généreux coup d'avertisseur deux-tons.

Les rizières

La petite route riche en ornières traverse des étendues de rizières séparées par des oasis d'eucalyptus, de banians et de cocotiers,

où se nichent des hameaux aux habitations de feuilles de palme tressées.

Du vert tendre et gras au jaune paille, la palette des rizières est infinie. 

Cette débauche de couleurs s'explique par le fait qu'il y a désormais trois récoltes de riz par an. 

Un champ est aussitôt réensemencé une fois la récolte faite.

La terre et les réserves d'eau s'appauvrissent.

Mais peu importe, du moment que les grands céréaliers font leur blé. 

Paille de riz 

La récolte est étalée sur la chaussée pour achever de la sécher au soleil,

et surtout pour permettre aux véhicules qui passent de séparer le grain des épis.

On a des meules, alors évidemment on roule dessus. 

Le grand banian

Halte à l'ombre d'un majestueux banian.  Il était temps car le soleil cogne dur.

Une pompe à eau alimentant une rizière ronronne au loin, quelques cris d'oiseaux.

Pas de singe belliqueux cette fois-ci.

Une homme marche jambes nues dans la rizière inondée. 

Sa peau cuite par le soleil est d'un noir d'ébène.

Il vient vers le banyan, nous salue d'un mouvement délicat de la tête avant de s'installer à l'ombre de la ramée.

Accroupi, les bras tendus, coudes en appui sur les genoux.

Une femme,  sari relevé jusqu'aux genoux, trime encore sous le cagnard.

Pour une journée de labeur dans les champs, un homme reçoit 60 RS (un paquet de Benson and Hedges)

Une femme ne percevra que 40 RS pour le même travail (2 bouteilles d'eau minérale).

Brise près du water tank

Le marché de Tirukalikundram est réputé dans toute la région pour son or comme pour ses primeurs. 

C'est l'heure de pointe, on se faufile tant bien que mal, et on gare les mobs devant chez les flics qui nous jettent un regard curieux.

Le soleil approche de son zénith et nous avons deux envies impérieuses. Dans l'ordre : boisson fraîche et ombre. 

Nous satisfaisons la première dans l'arrière boutique d'une petite échoppe, assis sur d'étroits tabourets.

Pepsi pour Danièle, jus d'ananas frais pour moi.

La recherche de l'ombre nous mènera au temple qui se trouve à deux pas. 

Pour un droit d'entrée d'une roupie (sandales) des collégiennes viennent y prendre leur déjeuner.

Assises à l'ombre des galeries, elles sourient et murmurent à notre passage. 

Une vieille femme édentée vêtue d'un sari coloré marmonne en balayant un mandala tracé aux craies de couleur.

Un brahmane au ventre rebondi nourrit une douzaine de chats faméliques qui sortent dont ne sait où.

Il leur lance des poignées d'un riz collant. Une vraie poix, comme je peux le constater en plongeant à son invite la main dans la gamelle. 

Au mot "water" que je répète plusieurs fois en montrant ma paume empoissée,

le vendeur de billets m'indique du doigt l'angle d'un petit temple.

Dès que j'aperçois le cloaque de la mare, je me retourne prêt à m'indigner.

On est en Inde, d'accord. Mais de là à plonger mes mains dans ce bouillon de culture...

L'homme qui m'a suivi des yeux  me sourit malicieusement et m'incite d'un geste de la main à mieux regarder sur ma gauche.

Sur le pignon du temple, se trouve le robinet d'où goutte une eau limpide qui alimente la mare.

Fûts d'essence du water tank

De l'or et de la pacotille, des légumes et des fruits magnifiques, des épices et du riz dans leurs sacs de jute, 

de la quincaillerie qui étincelle au soleil, toutes sortes de matériel et d'appareils, des animaux vivants, des tissus, des semences et des remèdes...

 On trouve tout à Tiru. 

Dans la rue principale qui longe le temple, je rencontre un des serveurs du Mamalla Bhavan.

Il est en quête de tôles galvanisées pour le toit de sa nouvelle demeure. 

Son mariage est prévu dans deux semaines et cette perspective semble lui donner des ailes.

Il nous quitte à un embranchement en nous lançant un grand salut de la main.

L'école primaire est toute proche du water tank. On entend les cris des enfants avant d'apercevoir l'eau.

Au Tamil Nadu, faute de cantines, beaucoup de parents choisissent de déjeuner avec leur enfant aux abords de l'école. 

Quelques retardataires terminent leur repas assis à l'ombre des bâtiments qui surplombent le bassin.

La légère brise qui ride la surface de l'eau d'un vert laiteux apporte une illusion de fraîcheur. 

Nous nous installons en haut des escaliers à l'ombre d'un mandapa de granit. 

Dans notre dos, là où l'ombre est plus profonde, 

allongé sur un tas de sable, un jeune homme somnole.

Par cette chaleur écrasante, c'est assurément la seule chose raisonnable à faire. 

Idoles amarrées

Juste au dessous de nous, deux idoles en bois peint sont solidement amarrées comme en prévision d'une marée.

Le bruit sec que fait le linge mouillé sur la pierre résonne sur le water tank.

Avec de grands moulinets de bras,  deux femmes à genoux dans l'eau battent le linge sur les dernières marches. 

Non loin d'elles, un vieillard prend son bain.

Grand, voûté, d'une maigreur extrême, il ne porte qu'un cache sexe flottant que la brise soulève.  

D'un pas incertain, il descend les marches jusqu'à ce que l'eau lui arrive au nombril. 

Il se savonne abondamment la tête et le corps.

Puis, pour se rincer, se laisse engloutir par l'eau stagnante.

Thumps Up or Coca Cola

Le farniente au bassin aura été fatale. Too late for Eagle Temple.

 Il est 14 heures et les grilles ne s'ouvriront qu'à 16 heures. 

Hésitants et toujours aussi assoiffés, nous nous arrêtons un instant à l'échoppe qui fait face aux escaliers. 

Il paraît que là-haut, deux aigles blancs viennent chaque matin prendre leur nourriture des mains d'un brahmane.

J'ai déjà gravi deux fois ce millier de marches qui mène au sanctuaire. J'y ai croisé un caméléon, un singe, des écureuils, un magnifique papillon,

 mais jamais ne serait-ce que l'ombre d'un aigle sacré.

La vue que l'on a de là-haut mérite bien de cracher ses poumons lors des vingt minutes d'ascension.

Pourtant, nous reportons l'effort pour cause de canicule et filons dare-dare nous baquer dans l'Indien.

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